n. 842 Stultifera navis, la nef des fous

Ce cuivre gravé s’inspire d’une œuvre de Sébastien Brant (Das Narrenschiff, édition publiée à Bâle en 1494 avec illustrations de Albrecht Dürer). Dans son oeuvre, l’auteur décrit le voyage surréel d’un navire et d’un équipage qui se conduit d’une manière insensée. Dans cette gravure somptueuse qui a demandé de longs mois de travail, point d’allégorie satirique mais une métaphore sur l’humanité en marche. L’apparition de cette embarcation qui vient vers nous est surprenante. N’êtes-vous pas frappés par la curieuse construction? Avec ces rames qui lui donnent l’allure d’un insecte, la vieille galère nous plonge dans une atmosphère stupéfiante et indéfinissable. Que fait-elle dans le vide cosmique où elle semble flotter sans pesanteur? Est-ce une audacieuse traversée dans la noirceur sidérale ou une errance sans espoir? Qui sont-ils, ces personnages aux expressions si singulières? Des hallucinés, des fous furieux, des idiots? Dans la partie supérieure de cette composition pyramidale, une imposante statue émerge sur un piédestal. Représente-t-elle la Raison? Quel rôle 
tragique... Voilée, elle ne peut ni déterminer la position ni orienter la navigation. Représente-t-elle la Foi perdue, une idole ou un saint protecteur délaissé par les fidèles? Ou n’est-ce pas l’image de l’Amour aveugle? L’amour est un oiseau rebelle et pousse ses adeptes à sauter d’un obstacle à l’autre... Si les questions restent sans réponses, c’est parce que le graveur ne fait pas appel au langage de l’intelligence mais bien à une nature pensante, émotionnelle et totale. Les effets sont saisissants, cependant les tons et les contrastes ne sont pas pour le seul plaisir des yeux. Fruit d’un travail créatif, le cuivre libère sur le papier des interrogations, des doutes et, quand la joie s’y mêle, des impressions profondes. La nef des fous conduit une petite tranche d’humanité dans un voyage imaginaire. A travers la gravure, nous sommes nous-aussi entraînés dans un monde ”autre”, plus proche, en quelque manière, de l’esprit. Une forme de salut, une tentative pour échapper aux malheurs d’aujourd’hui.
Cuivre: 393 mm x 495 mm (base x hauteur), septembre 2025
Eau-forte/ pointe sèche sur papier Hahnemuehle 300 gr, encres Charbonnel noir + sépia; dimension de la feuille: 500 mm x 700 mm. Imprimé par l’auteur sur une presse chalcographique Puliti.
Tirage limité à 25 exemplaires, numérotés 1/25 – 25/25

800.00 €